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Théorie de la Madeleine 1 (Marcel Proust, Du côté de chez Swann)

« ...
 
Il en est ainsi de notre passé. C'est peine perdue que nous cherchions à l'évoquer, tous les efforts de notre intelligence sont inutiles. Il est caché hors de son domaine et de sa portée, en quelque objet matériel (en la sensation que nous donnerait cet objet matériel), que nous ne soupçonnons pas. Cet objet, il dépend du hasard que nous le rencontrions avant de mourir, ou que nous ne le rencontrions pas.

... »


Marcel Proust, Du côté de chez Swann,
Première partie "Combray", I
in A la recherche du temps perdu, tome I
1913, Gallimard, La Pléiade, 1987, page 44
 
Résonances :

Théorie de la Madeleine 2 (Marcel Proust, Du côté de chez Swann)

« ...

Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir.

... »

Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Première partie "Combray", I
in A la recherche du temps perdu, tome I
1913, Gallimard, La Pléiade, 1987, page 46

Résonance :

La Musique de chambre de l'été (Marcel Proust, Du côté de chez Swann)

« ...

(…) la sensation de la splendeur de la lumière ne m'était donnée que (…) par les mouches qui exécutaient devant moi, dans leur petit concert, comme la musique de chambre de l'été ; elle ne l'évoque pas à la façon d'un air de musique humaine, qui, entendu par hasard à la belle saison, vous la rappelle ensuite ; elle est unie à l'été par un lien plus nécessaire ; née des beaux jours, ne renaissant qu'avec eux, contenant un peu de leur essence, elle n'en réveille pas seulement l'image dans notre mémoire, elle en certifie le retour, la présence effective, ambiante, immédiatement accessible. 
 
... »
 
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Première partie "Combray", II
in A la recherche du temps perdu, tome I
1913, Gallimard, La Pléiade, 1987, page 82

La Madeleine (Marcel Proust, Du côté de chez Swann)

« ...

Et tout d'un coup le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. (...)
Et dès que j'eus reconnu le goût du morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (...), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, (...) toutes les fleurs de notre jardin et celles du parc de M. Swann, et les nymphéas de la Vivonne, et les bonnes gens du village et leurs petits logis et l'église et tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidité, est sorti, ville et jardins, de ma tasse de thé.
  
... »
 
Marcel Proust, Du côté de chez Swann, Première partie "Combray", I
in A la recherche du temps perdu, tome I
1913, Gallimard, La Pléiade, 1987, pages 46-47

 

La fonction fabulatoire (Lionel Naccache, La conscience révélée)

« ...
 
Certains malades atteints de lésions cérébrales ou de maladies dégénératives peuvent très bien reconnaître "objectivement" leur conjoint, tout en estimant qu'il s'agit en fait d'un sosie, d'un usurpateur… Au niveau cérébral, le cortège de signes émotionnels (sensations de familiarité, impressions de vécus) qui accompagne normalement la perception des traits physiques de la personne proche ne s'active pas. Le malade, qui est conscient, crée un scénario pour expliquer son malaise, d'origine physiologique.
 
... »
 
Lionel Naccache, La conscience révélée
propos recueillis par Martin Duru, dans l'article "Terra cognita",
Philosophie Magazine, numéro 36, février 2010, page 76
 
 
Résonance :

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